Créer un logement kangourou en Wallonie : ce que dit la loi et comment s'y prendre

Le logement kangourou permet à deux ménages de partager un même bâtiment tout en conservant chacun un espace de vie autonome. En Wallonie, ce statut particulier est encadré par le CoDT (Code de développement territorial) et les règlements communaux. Avant de percer la moindre cloison, il vaut mieux savoir exactement ce que la loi autorise.
La formule séduit surtout les familles qui souhaitent loger un parent âgé à proximité immédiate, ou des parents qui accompagnent un enfant adulte en début de vie active. L'économie de loyer et la solidarité de voisinage sont réelles, mais la mise en oeuvre implique un parcours administratif et technique qu'il faut anticiper bien en amont des travaux.
1. Qu'est-ce qu'un logement kangourou au sens juridique ?
En droit wallon, le logement kangourou est défini comme une unité d'habitation supplémentaire créée au sein d'une habitation unifamiliale existante, à destination d'un ou deux occupants maximum. Il ne s'agit pas d'une simple chambre louée : le logement annexe doit disposer de ses propres équipements sanitaires et d'un espace de cuisine ou kitchenette autonome. Le ménage principal et le ménage annexe restent liés par un lien familial ou de solidarité, même si la définition précise varie selon les règlements communaux.
2. Le permis d'urbanisme : obligatoire ou non ?
La règle générale est claire : toute modification de la destination ou du nombre de logements d'un bâtiment requiert un permis d'urbanisme, délivré par le collège communal. Transformer une pièce en logement autonome, même partiel, entre dans ce cadre. La dispense de permis ne s'applique qu'aux actes de transformation intérieure sans impact sur le nombre d'unités de logement ni sur les façades.
- Demande de permis d'urbanisme : à introduire auprès de l'administration communale, accompagnée de plans cotés avant et après travaux établis par un architecte dès lors que les actes sont soumis à permis et ne sont pas expressément dispensés de l'intervention d'un architecte par l'annexe 6 du CoDT (le critère est la nature des travaux, pas leur montant).
- Vérification du plan de secteur : le bien doit se situer en zone d'habitat ou zone d'habitat à caractère rural. En zone agricole, les conditions sont beaucoup plus restrictives.
- Règlement communal sur les logements : de nombreuses communes wallonnes ont adopté un règlement qui fixe une superficie minimale pour le logement annexe, souvent entre 25 et 35 m², et impose des équipements spécifiques.
- Délai d'instruction : comptez 30 à 115 jours à compter de la déclaration de complétude : 30 jours pour une procédure simplifiée, 75 jours pour la procédure ordinaire sans enquête publique, 115 jours lorsque des avis obligatoires ou une enquête publique s'imposent. Un dossier incomplet suspend ce délai.
3. Les conditions techniques à respecter
Au-delà de l'urbanisme, le logement kangourou doit répondre aux exigences du Code wallon du Logement et de l'Habitat durable. Ces normes de salubrité s'appliquent à tout logement mis à disposition d'un tiers, même à titre gratuit. Une cuisine ou kitchenette équipée d'un évier, d'un point de cuisson et d'un réfrigérateur constitue un minimum. La salle de bain doit être complète et accessible depuis le logement annexe sans traverser le logement principal.
- Superficie habitable : le logement annexe doit atteindre une superficie minimale, fixée localement. En dessous de 25 m², la plupart des communes refusent le statut kangourou.
- Hauteur sous plafond : au moins 2,00 m pour les logements existants selon les normes de salubrité wallonnes (arrêté du Gouvernement wallon du 30 août 2007) ; 2,30 m est exigé pour les logements réhabilités avec aides régionales et 2,40 m pour les constructions neuves.
- Ventilation et éclairage naturel : chaque pièce habitable doit disposer d'une ouverture vers l'extérieur. Une VMC (ventilation mécanique contrôlée) est fortement recommandée après isolation, afin d'éviter tout problème d'humidité dans un espace compact.
- Accès indépendant : une entrée propre au logement annexe n'est pas toujours obligatoire, mais elle est très souvent exigée par les communes pour garantir l'autonomie effective des deux ménages.
4. PEB et performance énergétique
Le PEB (Performance Energétique des Bâtiments) est le certificat qui attribue une note de A à G à un logement en fonction de sa consommation d'énergie. Dès lors que des travaux d'isolation ou de chauffage sont réalisés conjointement, un certificat PEB à jour s'impose pour chaque unité de logement. Si le logement kangourou est créé dans une maison ancienne dont le label énergétique est faible, c'est souvent l'occasion de rénover l'enveloppe en même temps. Les primes wallonnes Habitation 2025-2026 peuvent alors s'appliquer sur l'isolation de la toiture, des murs et des châssis, sous réserve de respecter les conditions d'éligibilité liées à la catégorie de revenus du ménage demandeur (catégories R1 à R4 ; la catégorie R5 n'est pas éligible). Les primes peuvent couvrir jusqu'à 70 % du montant TVAC pour les revenus les plus modestes (R1-R2) et jusqu'à 50 % pour les revenus intermédiaires (R3-R4). La date limite pour introduire une demande est fixée au 30 septembre 2026.
Un logement kangourou bien conçu se prépare sur papier avant de se construire. C'est le dossier administratif qui dicte les choix techniques, pas l'inverse.
5. Ce que la commune peut refuser
La commune dispose d'un pouvoir d'appréciation. Elle peut refuser un permis si le projet génère un impact sur le stationnement, si la densification du quartier n'est pas souhaitée ou si le règlement communal sur les logements n'est pas respecté. Certaines communes fixent également un nombre maximal de logements kangourous par rue ou par zone. Le refus doit être motivé et reste susceptible de recours, à introduire dans les 30 jours par envoi recommandé au Directeur général du SPW Territoire, Logement, Patrimoine et Energie (Gouvernement wallon).
Chez RetapeTout, nous accompagnons régulièrement des propriétaires du Brabant wallon qui souhaitent créer un logement kangourou pour un parent ou un enfant. Notre rôle commence avant même le dépôt du dossier : nous évaluons la faisabilité technique du projet (hauteur sous plafond, accès, ventilation, isolation), nous coordonnons les intervenants (architecte, entrepreneur, certificateur PEB) et nous anticipons les exigences de salubrité dès la phase de conception. Résultat : un dossier solide, un chantier sans surprise et un logement annexe conforme dès la première visite de contrôle.
Questions fréquentes
Peut-on louer un logement kangourou à un tiers non apparenté ?+
Cela dépend du règlement communal. Certaines communes exigent un lien familial ou un lien de solidarité prouvé. D'autres autorisent la location à toute personne, à condition que le logement principal soit occupé par le propriétaire. Vérifiez les conditions locales avant de vous engager.
Le logement kangourou impacte-t-il le précompte immobilier ?+
Un deuxième logement distinct peut faire l'objet d'un revenu cadastral séparé. La création d'un logement kangourou doit être déclarée à l'Administration générale de la Documentation patrimoniale (anciennement Cadastre). Le précompte immobilier évolue en conséquence, mais reste généralement modeste pour une petite unité.
Faut-il un architecte pour toutes les demandes de permis ?+
En Wallonie, le recours à un architecte est obligatoire pour les travaux soumis à permis d'urbanisme qui impliquent la structure du bâtiment ou dépassent un certain seuil. Pour des aménagements intérieurs légers sans modification structurelle, une déclaration urbanistique préalable peut suffire. Dans le doute, faites vérifier votre cas spécifique.
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